Vendredi 8 Juillet 2022

Saint Clairsville, Ohio, USA
Barnesville, Ohio, USA
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34
Kilomètres

Jour 33

Cela faisait un moment que je discutais par mail avec un gérant de camping pour camping-cars. Car dans ma direction pendant des jours, il n’y a rien pour dormir, ni motel, ni camping. Il a été adorable. M’a dit que j’étais la bienvenue, qu’il ne me ferait pas payer, m’a envoyé des photos de l’emplacement où je pourrais m’installer, m’a tiré une ligne d’eau et m’a dit que s’il pleuvait je pourrais planter ma tente sous le toit à côté de sa voiture. Ok. Après avoir contempler un beau lever de soleil me revoici sur la 40 West. Ce n’est pas la peine que je le raconte, c’est encore une fois le jour de la marmotte ça monte ça ne descend pas ça monte… La 40 est une torture. Je jubile et profite dans les rares descentes, je marque mes pas au rythme de Nancy Sinatra dans les montées de la mort, un mot un pas. My…Legs…Are…Made…For…Walking. Et j’avance. Je me dis que ce pays devait être sublime avant que nous, européens, arrivions de toute part, butions tous les natifs et leurs troupeaux de bisons pour nous emparer des terres. La nature est exubérante et les ciels phénoménaux. Un motard passe et me fait mourir de rire. Sa moto est faite de telle façon qu’il a les jambes écartées comme s’il était chez le gynécologue. La 40 est vraiment sans intérêt et je me prends la ligne droite la plus longue de l’histoire de l’humanité. Et il n’y a rien à regarder. Je m’ennuie un peu alors je me mets à réfléchir à ma prochaine expo. J’ai plein d’idées, d’envies. J’imagine avoir des invités, je pense à plein de pièces que j’aime. Je fais un commissariat dans ma tête. À plusieurs reprises, des voitures s’arrêtent à mes côtés pour me demander si j’ai besoin de quelque chose, si tout va bien pour moi. Il y a du mieux. La route s’étend toujours plus, j’aurais pu illustrer ce texte avec 50 fois la même photo. C’est besogneux mais j’avance. Alors qu’il se met à pleuvoir, je quitte enfin la 40 pour un chemin qui me fait passer sous l’autoroute puis me voici en pleine campagne. Pas de traces humaines, aucun fils électriques. La route est en graviers, des collines et des champs à perte de vue. C’est bon, je rêvais d’un lieu comme ça. Il y a des centaines d’oiseaux dont de gros rapaces avec une tête bizarre. Un moment heureux calme vivifiant. Puis le gentil chemin se met à monter sévère. Il pleut mais je décide de ne pas mettre ma cape de pluie il fait tellement chaud que je serais comme dans un rice cooker. En haut, quelques fermes et des maisons neuves quasiment toutes identiques. Je suis très très impressionnée par un type qui vient de finir de tondre sa pelouse colossale, plus grande que le stade de France, et comme au milieu il y a une vieille voiture et bien il n’y a qu’autour d’elle qu’il reste des herbes folles. Et lui est en train de couper les petites branches qui dépassent de ses trois sapins au milieu de la pelouse. C’est dingue, c’est complètement dingue. La femme, elle, fait les bords avec une tondeuse à main. J’hallucine. Comment a-t-on pu en arriver là. Je crois qu’à ce moment-là, j’avais envie de pleurer très fort. En plus juste après j’ai enchaîné de nouvelles montées de la mort et il s’est mis à tomber une bonne rasasse. Je suis en mode zombie sous la pluie qui bout dans son jus, cape de pluie collée à la peau. Je quitte enfin cette route de campagne et arrive sur la 149 West qui évidemment est en montée. Quand je vois arriver la petite ville du soir, je vois surtout le logo Mc Donald et cela devient l’ultime but de ma vie. 8h de marche sans pause. M’assoir et manger des frites grasses et trop salées avec un coca que je suis incapable de finir est un délice suprême. Comment ai-je pu en arriver là ! Encore quelques minutes de marche et j’arrive au camping de Jim. Je trouve l’endroit où il était prévu que je plante ma tente. Il pleut très fort alors le toit est bienvenu. Je sors toutes mes affaires de camping et là, léger problème. Le sol est comme en béton, impossible de planter une sardine (et ma tente ne tient pas debout sans être tirée par les sardines). Jim arrive à ce moment-là. Il est comme dans ses mails, adorable. Il sort un marteau et essaie de m’aider, mais c’est résolument impossible. Il habite la grande et belle maison juste à côté. Il me propose de dormir dans sa cabane de jardin. Mais quelle bonne idée ! Je vais dormir à côté d’une tondeuse, ce n’est pas le top ça ? Il fait tout pour être gentil, m’apporte une chaise, me présente sa femme puis son petit-fils. Au fond de moi je me dis mais invitez-moi au moins à prendre un verre, voire une douche. Mais non, la gentillesse et l’hospitalité s’arrêtent à la cabane de jardin. C’est déjà ça, j’ai un toit pour la nuit alors qu’il pleut des trombes. J’aurai la tête entre des pots de fleur et des râteaux. La nuit ne va pas être facile !

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