Samedi 9 Juillet 2022

Barnesville, Ohio, USA
Cambridge, Ohio, USA
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29,6 + (15)
Kilomètres

Jour 34

J’ai passé une magnifique journée d’anniversaire. Je n’aurais pas pu rêver mieux vu là où je suis. Pourtant cela avait mal commencé.
Je n’étais pas seule dans la cabane de jardin, il y avait plein de bruits genre des souris où je ne sais quel animal. Je n’osais pas trop regarder avec ma lampe car il y avait des araignées partout. J’étais plutôt en stress, je n’ai quasiment pas dormi. À 6h j’ai pris la route. Arriver à ma destination du soir, c’est à dire le seul endroit où il est possible de trouver où dormir, est impossible à faire à pied en 1 journée. Il faudra donc que quelqu’un me conduise. Et puis c’est mon anniversaire, je n’ai pas envie de me brutaliser en faisant 46 kilomètres après une nuit quasi blanche et des piqûres d’insectes partout. Je décide donc de faire du stop. Je me suis fait un petit papier avec les villages qui sont sur mon chemin. Il suffirait de me faire un ride d’une dizaine de kilomètres pour que je puisse arriver à mon motel déjà réservé. À 6h un samedi, il n’y a pas grand monde sur les routes. Je marche dans la brume chez Stephen King. Je passe devant un ancien drive-in et fais un détour pour faire la photo Nowhere du jour. Je dois être sur la route la moins fréquentée de tout le pays. Depuis le début du voyage, lorsque je fais des photos de route, j’attends l’espace entre 2 voitures pour avoir des routes vides pour faire un truc esthétique genre seule au monde. Et là ce matin, alors que je rêve de voitures, il n’y en a pas une seule qui passe. Au moins c’est plat, je pourrai ajouter à mon CV « À 54 ans, Lydie Jean-Dit-Pannel a franchi les Appalaches ». Ça fait carrément la classe. Et voilà que passent des fans de vieux tracteurs customisés. Heureusement, alors que la route est fade et touche le bout de l’horizon, le temps reste couvert, mon ombre peut à peine vous dire bonjour. Il ne passe que des voitures de collection. À Quaker City, le village le plus reculé de la planète, il y a un gros festival. Des centaines de personnes, des manèges, des food-truck, de la musique. Il va y avoir un concours de vieilles voitures et de custom. Pour moi c’est le bonheur. Cela fait partie de la folie américaine que j’adore. Alors forcément je m’arrête et vais faire un tour sur le site. Les voitures commencent à arriver, on est en train de les astiquer, les faire briller pour le show du soir, les moteurs ronronnent. Je discute voiture avec pleins de gens. C’est tellement bon de parler. Il y a même les flics qui ont un stand et quand je leur demande si je peux faire une photo, ils sont très fiers et prennent la pause pour moi. Deux dames qui vendent des frites sont impressionnées par Werner. Elles me disent « Voilà la meilleure façon de se déplacer ». On parle longtemps, elles me disent que faire du stop ce n’est pas très secure. Elles sont super et me souhaitent mon anniversaire en chantant. Tout cela m’émeut aux larmes. Je repars heureuse avec mon rêve américain qui clignote follement dans un coin de ma tête. Enfin. Mais la route est rude, toujours droite et vide, le soleil est heureux de chauffer tout ça d’un coup. Vu ce que m’ont dit les dames, je suis mitigée pour le stop. Je croise un cycliste qui me fait un signe de la main et me dit « Be Brave ». Merci mec il me reste 30 km et je cuis au soleil. Je tends le pouce quand les voitures ne sont pas des gros pick-up de tarés qui roulent vite. Personne ne s’arrête sur des kilomètres. J’agraine mon petit bout de papier au fur et à mesure que j’avance, de village en village. À un carrefour je tente directement ma chance en demandant à une dame si elle peut m’avancer de quelques miles vers l’ouest. Elle va à l’est. Et devant moi mon gps me dit qu’il y a 9 miles (presque 15 kilomètres) de ligne droite. Je tends le pouce tant que je peux mais tout le monde s’en fout. La meuf avec son chariot elle peut bien rôtir en méchoui. Et Noah arrive avec son pick-up. Un tout petit bonhomme, il est chauffeur de poids-lourds et il m’emmène jusqu’à Cambridge (ma ville étape) directement. Extraordinaire. Il connaît toutes les routes américaines, il va partout avec son camion. C’est un délice de voir défiler cette route moche à toute vitesse. Je lui dis qu’il m’offre mon plus beau cadeau d’anniversaire. « Happy American Birthday » me dit-il. Il est tellement adorable qu’il me dépose à un endroit depuis lequel, pour rejoindre mon motel, je dois traverser le centre historique de Cambridge. Autrement je n’aurais rien vu, les motels cheap sont toujours proches des autoroutes, à la périphérie des villes. Merci merci Noah car la ville est trop belle. J’y flâne, admire les vieilles archis, et un tattoo shop ouvert me tend les bras. Je n’ai pas fait 100 miles depuis le dernier tatouage, mais c’est mon anniversaire et je passe la plus belle des journées depuis 1 mois. Alors Kage m’encre Cambridge. Juste à côté, un gigantesque Antique Mall. Je suffoque de bonheur ! Tout ce que j’aime dans une seule journée. Et puis tous vos mots, pensées, appels, visios, pour mon anniversaire qui m’ont fait parfois rire aux larmes ou pleurer d’émotion. Merci à vous. J’ai de la chance de vous avoir.
Il me reste une bonne heure de marche pour trouver mon motel, je me tape une bonne montée sur une route très chiante avec aucun espace pour marcher, mais je m’en contrefous, mon cœur explose de bonheur. Mon motel est hyper cosy. Je m’offre un vrai repas. Pendant que je le savoure avec une délectation indécente, je regarde l’activité de la zone commerciale derrière la baie vitrée. Ce qui m’épate vraiment c’est que personne ne marche. Même pour faire 100 mètres d’un magasin à un autre, tout se fait en voiture. L’Amérique m’étonne chaque jour. Mais aujourd’hui c’était wow. Je fais quelques courses et file dans un bain, je sens encore la vieille cabane de jardin. Je vous embrasse. Très fort.

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Vendredi 8 Juillet 2022

Dimanche 10 Juillet 2022

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