Samedi 17 Septembre 2022

Mustang, Oklahoma, USA
Anadarko, Oklahoma, USA
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(45) + 31,5
Kilomètres

Jour 104

À 6 heures ce matin j’ai commandé un UberX, soit une grosse voiture pour pouvoir caser Werner. Je n’avais pas le choix. L’appli a mouliné longtemps et pas de voiture disponible. J’ai tenté une voiture normale et Oksana est arrivée. J’ai mis Werner en pièces et on a réussi à le charger. 40 minutes de trajet jusqu’à Chickasha, au Sud-Ouest de Mustang. Oksana a un bel accent, elle vient d’Azerbaïdjan. Elle vivait à New York, mais à cause du Covid, elle est venue s’installer en Oklahoma. Ici, il n’y a pas eu de confinement, et tout est moins cher. On parle un moment de la guerre en Ukraine, elle estime que les États-Unis auraient pu l’empêcher. Puis arrive la question « N’as-tu pas peur de voyager seule ? ». Je réponds que les seuls problèmes que j’ai eu ont été liés aux intempéries géantes, et que j’ai peur des araignées et des serpents. J’apprends l’existence d’une plante commune ici, très allergène et urticante dont je n’attribuais le nom qu’à la guitariste des Cramps. Poison Ivy. Il est vraiment temps que ce périple s’achève, je déteste l’idée de m’inquiéter à cause de la nature. Arrivées à l’entrée de la ville de Chickasha, je suis déposée pile pour le lever du soleil. Parfait timing pour commencer ma marche du jour. Oksana me salue avec entrain et je remonte Werner. Nous avons un nouveau compagnon. Mon Roi Kong va faire les derniers kilomètres avec nous. Il est accroché à Werner poing levé. Il donne le ton. Au retour, il fera connaissance avec ses congénères et intégrera mon installation « Mes Rois ». Lorsque l’on appuie sur son torse, ses yeux s’allument et il fait roaaaaarrrrr. Il a rejoint la lutte. Et puis la dernière photographie de ma série « Entertainment », celle juste avant Nulle part, a été faite dans un zoo miteux devant la cage de verre d’un gorille triste et solitaire. Toute la journée, je vais suivre la 62 qui m’offre un espace royal pour marcher. Je me sens euphorique. Pas besoin de drogue, mon corps me sécrète tout seul de la joie pure. Dans la seule station-service que je croiserai dans la journée, je discute tattoo avec Jayme. Elle porte elle aussi des papillons monarques dans la peau. Elle n’a jamais voyagé et je vois bien que je la fascine. Je lui propose de faire une photo de nos 2 bras, elle est ravie. Je reprends la route et entre dans une « réserve » (je ne me ferai jamais à ce mot) Kiowa, Comanche et Apache. À 360°, on ne peut pas faire paysage plus plat. Tout devient plus sec, aride. La terre est rouge. Les fourmilières et les taupinières sont de la même couleur que mes cheveux. Il commence à faire vraiment très chaud. Mais il y a un petit vent qui aide à supporter. Un pickup s’arrête pour me proposer un drive, le passager est un chien qui me salue gentiment, mais le conducteur ne m’inspire pas confiance. Et puis je veux marcher. D’un coup, au bord de la route, en liberté totale, un taureau bien bâti. Son numéro d’abattoir, normalement rivé à son oreille est arraché. C’est un rebelle, il a dû fuir et il a bien raison. Il est impressionnant. Je passe devant lui le plus discrètement possible. Il me regarde puis part dans les hautes herbes. Quelques minutes plus tard, une voiture s’arrête et me demande si j’ai vu une vache et dans quelle direction elle est partie. Je réponds que j’ai vu un gros taureau et indique où il est allé. Bref, j’ai aidé un vrai cow-boy avec chapeau et chemise, mais à la place d’un cheval, il avait un gros 4x4. Les derniers kilomètres sont pénibles à en mourir, de bonnes montées, 37 degrés sans ombre aucune et un fort vent chaud pleine face. Je faiblis et commence à voir des étoiles devant mes yeux. Je téléphone à mes Amis en plein apéro pour qu’ils me maintiennent en vie le temps d’apercevoir mon étape du soir. J’arrive au motel au bord de l’évanouissement avec la nausée. J’ai bien du mal à faire mon Check-in. Je me force à tenir debout car les tenanciers du motel resté dans le jus d’une époque lointaine, sont impressionnés par Werner, donc je dois encore raconter mon histoire. Ils sont heureux et épatés de m’accueillir pour ma fin de parcours. Une fois dans ma chambre, je m’allonge immédiatement et mets une bonne heure avant de ne plus me sentir vaciller. Je me force à manger (oui, c’est vrai, je n’avais rien dans le ventre depuis hier soir, je le sais, ce n’est pas bien). Je prends une douche froide, le vent a séché ma peau qui ressemble à du sable. Je pose ma petite gommette sur ma carte. Nulle part est si proche. Comment est-ce possible ?

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