Samedi 13 Août 2022

Stanton, Missouri, USA
Bourbon, Missouri, USA
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21,9
Kilomètres

Jour 69

La nuit a été très sonore. Les insectes nocturnes, grillons et cigales, ont beaucoup communiqué en code secret. Et le problème quand tu dors dehors, c’est le même qu’à Hollywood : les insectes. Sauf que toi, tu ne peux pas faire comme si cela n’existait pas quand tu te réveilles avec des cloques de moustiques tigres partout. Ces petites bêtes noires et blanches m’aiment tellement. Et elles se fichent pas mal des serpentins verts que je fais brûler pour qu’elles aillent voir ailleurs. Elles survivront à tout.
Puisque que vous êtes plusieurs à me demander des nouvelles de ma santé, je vais en donner. J’avais décidé de ne plus en parler pour éviter les commentaires qui tendent vers le chemin de croix ou la recherche de soi, ce qui est totalement hors-sujet. Si vous êtes attentives et attentifs, vous aurez remarqué que les étapes de ces jours derniers sont courtes. Je manque encore de souffle, j’ai des maux de tête réguliers et j’ai perdu goût et odorat depuis plusieurs jours (la pastèque n’était que de l’eau, mes sachets de riz ressemblent à du plâtre). Mais c’est très pratique lorsque je dois enjamber des animaux morts. Mon trajet du jour se fait entièrement sur la Old 66 collée à l’Interstate 44. Saturation totale en sons de moteurs et en panneaux publicitaires géants. Mon oreille gauche m’en veut beaucoup de ce trop-plein de décibels autoroutiers. Les panneaux publicitaires quant à eux, sont de vrais monuments imposants. Comment ne pas penser à l’épisode de « Better Call Saul » dans lequel il met en scène le sauvetage filmé d’un colleur d’affiches pour se faire de la pub (« Better Call Saul » est ma série préférée, hélas, depuis ici, je n’ai pas accès à la saison 6, c’est très frustrant). Parmi les toutes petites choses qui m’ont diverties sur cette route infernale, un panneau « Jesus » fait maison. J’ai imaginé la ferveur du mec qui a fait ça dans son garage. Il a découpé les planches, il les a peintes en rouge, pour les assembler sur site, il a pris sa remorque, il a creusé pour planter les socles, peut-être même qu’il a coulé du béton et il a cloué l’affaire. C’est impressionnant cet amour couplé de Jésus et de la sculpture. Je passe Saint Cloud et ses 41 habitant∙es. Forcément, je pense au Domaine du même nom à côté du musée de Sèvres. C’est là que je fraudais les 10 kilomètres autorisés pendant la pandémie. Saint-Cloud était ma porte de sortie vers la forêt. C’est là que j’ai fait mes premières marches d’entraînement. J’ai arpenté tous les chemins qui partent du domaine. Je peux même les parcourir en pensée, tellement j’y ai multiplié les randonnées avant de passer à la forêt de Rambouillet. Je suis tellement loin de ce calme depuis des semaines. Mais aller Nulle part n’est pas une randonnée. Je travaille. Arrivée au motel cheap de ce soir, je me repose un peu avec la clim puis je vais faire un tour dans un de mes seuls espaces de distraction, un Antiques Mall juste en face de ma chambre 111. Rien d’intéressant. Et là, catastrophe absolue pour moi, ma cigarette électronique est morte. La batterie ne charge plus. Fumer après ma journée de marche est nécessaire à ma survie. Tous les écrivains marcheurs, de Thoreau à Rimbaud, parlent du bonheur de fumer après une journée d’effort. C’est une récompense, un capital détente, avant d’être une addiction. Mais là, ne pas pouvoir le faire me rend complètement dingue. Au point de ressortir après ma douche faire quelques kilomètres sous 34 degrés pour trouver une station-service et m’offrir une des petites choses que j’ai vu des centaines de fois traîner au bord des routes : une mini e-cigarette avec recharge jetable. Cela tombe bien, je ne sens pas le goût, mais l’effet apaisement est immédiat. Je peux entamer mes heures de repos.

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