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Mercredi 3 Août 2022

Altamont, Illinois, USA
Vandalia, Illinois, USA
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36,7
Kilomètres

Jour 59

Je démarre la journée positive avec Werner non couvert. Je suis malgré tout un peu tendue, il faut que je reprenne confiance en moi, en les éléments, en ce que je suis en train de faire. Quand j’arrive sur la 40, que je ne sais plus qualifier, elle est en travaux. On lui refait une belle couverture de bitume. Quel bel accueil matinal, je n’ai aucun espace pour marcher, cela sent très mauvais et je suis comme dans un four. Mon fils insomniaque m’envoie chaque nuit un morceau de musique ou une vidéo que je découvre au petit matin lors de ma première heure de marche. C’est une vraie joie, il est toujours raccord avec mon mood, ou m’aide à en avoir un meilleur. L’envoi du jour m’a fait hurler de rire et ce rire m’est revenu plusieurs fois dans les moments difficiles de la journée. J’avais besoin de reprendre des forces morales, j’étais dans un petit creux. Un petit creux inondable. Merci Eliott. Hier, pour me détendre, après le stress dû à la tempête, j’ai regardé sur le Netflix américain une nouvelle mini-série. « Keep Breathing ». C’est une histoire classique de survivalisme dans la forêt. Un avion se crashe dans un lac au milieu de rien dans le nord canadien et une jeune femme ultra citadine se retrouve seule et doit évidemment survivre. Non mais les incohérences du scénario. Par exemple, ce matin, lorsque je vous ai fait la photo Nowhere du jour, j’ai fait 3 pas dans les herbes hautes et j’ai eu droit à 2 morsures de mouches. Pendant que je vous écris, vous saurez plus tard d’où, je suis entourée de petits fumigènes anti-moustiques, autrement c’est la misère. Et bien la fille dans la série passe des semaines en débardeur, à dormir à même le sol, à se prendre des orages et à crapahuter dans la forêt, et sa peau est nickel. Même pas elle se gratte. Les scénaristes oublient toujours les insectes. Ils doivent tout passer au Roundup avant de tourner. Pour finir avec cette série (la route est longue vous savez), à un moment, la fille doit plonger dans le lac pour aller récupérer des trucs dans l’avion. Il n’y a personne à des centaines de kilomètres à la ronde, c’est l’objet de la série, et bien elle y va en culotte et soutif. Non mais ils le savent comment c’est difficile de faire sécher ses fringues dans une nature humide. Qu’est-ce qu’ils sont prudes chez Netflix. N’importe qui aurait plongé nu. Bon, c’est une mauvaise série. Les bords de route sont encore imbibés d’eau et la chaleur commence à être difficilement supportable. Pas grand-chose d’intéressant au bord de ce bout de 40, sauf une sculpture magistrale. Lavier peut aller se rhabiller avec son hommage à Johnny. La moto sur poteau d’un illustre inconnu de l’Illinois aurait sacrément de la gueule devant Bercy. J’ai du mal à trouver de l’ombre. Je dois faire des pauses régulièrement pour éviter de suffoquer de chaleur. À un moment, je dois même m’allonger quelques minutes sous le porche d’une maison abandonnée car je vois des étoiles et me sens très faible. J’ai bien du mal à reprendre ma route. C’est comme un zombie frit que j’entre dans la petite ville de Vandalia. Les joueurs de baseball se nomment les Vandals. La rue principale a gardé ses bâtiments du temps de la conquête de l’ouest. J’entre dans une boutique mi antiquités, mi artisanat, rien d’intéressant, mais je m’y attarde juste pour la clim, car dehors c’est irrespirable. Une heure plus tard, j’arrive à mon camping du soir. Un tout petit lieu au bord d’un étang où je suis seule. Je monte ma tente. Jo et Leon viennent m’accueillir. On discute un moment de mon périple et des intempéries. Un orage est prévu cette nuit, mais on ne sait pas encore sa puissance. Peu importe, ma tente a résisté à une tornade, et Werner et toutes mes affaires vont passer la nuit sous un toit. Et Jo m’a dit que si cela devient sérieux, je pourrais me rapatrier chez eux. Tout va bien. Je prends une douche des plus agréables dans une cabine en plein air. Jo m’apporte une glacière pleine d’eau fraîche. Et là, j’écris en regardant les poissons sauter dans l’eau et les tortues qui nagent en sortant leur petite tête. Le calme est absolu. Le ciel se couvre doucement et apporte un peu de fraîcheur. Les grenouilles commencent à chanter plus fort que les oiseaux. C’est comme un petit bonheur.

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Mardi 2 Août 2022

Jeudi 4 Août 2022

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La publication de ce journal est une commande du FRAC Bourgogne dans le cadre de son projet sur le récit et ses formes.

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