Dimanche 28 Août 2022

Monett, Missouri, USA
Neosho, Missouri, USA
>>>>>
(20) + 28,2
Kilomètres

Jour 84

Hier, j’ai négocié avec Amely qui travaille à l’accueil du motel de ma nuit passée, pour un drive de quelques kilomètres sur la 60 West, car le prochain lieu où il est possible de dormir est beaucoup trop loin. Amely est exceptionnelle de gentillesse. Et puis ma carte avec les stickers et mon périple la fascinent. C’est son mari Jay qui va me rendre ce service. Rendez-vous à 7h30 devant le motel. Tous deux sont des amours amoureux. Ils viennent de Californie et ont déménagé pour Monett. La côte ouest devenait invivable. Trop chère, trop de stress, trop de pauvres gens à la rue, trop de criminalité. Ils sont heureux à la campagne. Une fois Werner chargé dans le coffre et pendant que les kilomètres se mangent tous seuls, on discute. J’aime bien ces petits moments de drive, cela me permet des échanges. Jay a étudié le design graphique et l’art. Il comprend ma marche complètement. Il travaille maintenant avec son père dans l’aménagement de terrains. Et il se sent bien plus épanoui d’être chaque jour dehors à la campagne plutôt que d’aller au bureau tous les matins. Comme je le comprends. Il me dépose au bord de la 60 West (parfois nommée 60 Business) qui contrairement à la 40, me laisse un espace très confortable pour marcher. Je peux entamer sereinement ma journée de marche avec une étape à ma portée. Merci Jay et Amely. Je traverse Granby, tout petit bourg avec un musée de la mine. Le ciel se charge sérieusement, je fais un stop pour habiller Werner. Cela faisait longtemps. Maintenant, j’ai toujours peur quand les nuages se rassemblent. Je surveille continuellement s’ils ne se transforment pas en soucoupe volante. Je gagne quelques kilomètres, mais deux heures avant mon arrivée le ciel commence à gronder. Cela fait des boules dans mon estomac. Je ne gère pas, depuis les alertes tornade et inondations, et les orages monumentaux sous lesquels j’ai marché, je suis terrorisée par les intempéries. Tout peut aller si vite et être si fort ici. Je commence à voir les éclairs au loin, je me dirige droit dessus. Et d’un coup je me mange une averse sévère. J’ai une chance folle, je ne suis pas loin d’une station-service. Je me réfugie en courant sous le toit. Et j’attends que cela passe. J’attends une bonne heure. L’orage est puissant. Et puis tout redevient calme comme si rien ne s’était passé. Pour me remettre de mes émotions je m’offre de la pastèque fraîche. Et dans le magasin pour la première fois depuis très longtemps on me demande combien j’ai de papillons sur le corps. Je réfléchis un moment avant de répondre 47. J’oublie qu’ils sont sur ma peau. Je suis déjà un peu en train de me séparer de Psyché. C’est un peu trop tôt. L’air est tropical et difficilement soutenable. À lui tout seul mon corps pourrait provoquer une inondation tellement je ruisselle. Je devrais arriver bientôt, mais à l’endroit où mon gps m’indique mon motel du soir, il n’y a rien. Absolument rien. Un champ au bord d’une route. Je fouille ma réservation, c’est bien sensé être dans ce vide. Légère panique, personne à qui demander, je poursuis la route, bifurque, revient, pars dans l’autre sens et au milieu d’un autre champ pas du tout au même endroit, enfin apparaît mon vieux motel. Et avec lui la routine de chaque fin de journée. Donner mon passeport à l’accueil, expliquer mon nom compliqué (on ne retrouve jamais ma réservation), noter le code wifi, découvrir la chambre, vérifier les draps, mettre les produits périssables dans le frigo, enlever mes chaussures, sortir mes affaires nécessaires de Werner, faire le point sur ma carte et y coller une nouvelle gommette (rose pour les nuits au motel), étudier l’étape du lendemain, prendre une douche, préparer mes vêtements du matin car au réveil je suis une loque, me forcer à manger, lire mes messages, trier mes photos, les envoyer à Nicolas pour le site, écrire ce texte, le publier.

1-logo1-TRANS-2-Revers.png

<

Samedi 27 Août 2022

Lundi 29 Août 2022

>

1-logo1-TRANS-2.png