Lundi 18 Juillet 2022

London, Ohio, USA
Springfield, Ohio, USA
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42,8
Kilomètres

Jour 43

La pluie n’a pas cessé et il faut retrouver la 40 et plonger dans l’abîme bitumé de la laideur paysagère mention spéciale du jury.
40 km tout droit sur la route historique qui a permis de construire la nation. Lorsque j’ai ma capuche, cela me fait comme des œillères qui m’empêchent de voir les côtés de la route donc je suis focus sur la ligne blanche et j’avance. Heureusement entre 6 et 10h le matin, il y a très peu de circulation. Alors qu’enfin je peux avoir ce petit orgasme lors du retrait de ma cape de pluie, je découvre alors en tournant la tête le paysage à 360 degrés. Ciel gris et torturé à l’infini, la route est à moi. C’est un délice. Une très jolie solitude. Mes pensées virevoltent sur des petits riens, puis je suis aussi vide que le paysage. C’est très reposant. Mais à l’occasion d’une nouvelle averse, mon téléphone me refait le même plan qu’au début du voyage. Il me dit « téléphone indisponible, réessayer dans 30 minutes ». Ma bonne humeur et ma joie de vivre en prennent un coup. Pendant cette demi-heure, je fume un réservoir complet de ma cigarette électronique. En plus la circulation s’amplifie sévèrement, de plus en plus de camions et très peu d’espace pour marcher. C’est mon moment ultra stress de la journée. La boule au ventre. Et puis le téléphone se remet en marche. Un mystère. Je me sens mieux mais la circulation est infernale, c’est franchement dangereux. À ce moment je me dis Si je ne meurs pas sur cette partie de la route, je ne mourrai jamais. À deux reprises, je peux faire un petit écart par la Old 40, ce n’est jamais très long, mais cela permet de se détendre, c’est un soulagement physique de ne plus craindre les camions qui me frôlent, personne ne circule sur ces bouts de routes. C’est à cette occasion que je vois une nouvelle façon de tondre la pelouse. Debout derrière sa tondeuse comme sur un traîneau. Trop la classe. J’adorerais essayer ça ! Depuis le matin, je marche du côté droit de la route à 4 voies. Parce que c’est de ce côté que sont les raccourcis par la vieille route 40. Mais autour de midi, le trafic est vraiment trop dense. Cela fait vraiment trop peur. Je me rends compte que dans l’autre sens, il y a beaucoup moins de circulation. Je réussis à traverser les 4 voies dont l’espace central qui sépare les deux sens et je poursuis en marchant à gauche. Cela étend le trajet car curieusement ce côté de voie fait de grands lacets. Mais quelle bonne idée, la route est quasi vide. Je suis apaisée et retrouve le plaisir de marcher. J’ai encore 3 bonnes heures de marche avant mon étape du soir, mais là, apparaît un gigantesque Antiques Center. J’hésite. Pas trop longtemps. Je fais le détour et vais me perdre dans ce labyrinthe de vieux objets. C’est infini, il faudrait des jours pour tout regarder. Des centaines de stands, des milliers d’objets. J’erre, je flâne. Là j’avoue, beaucoup de choses me font envie. Des meubles, des objets cons. Mais surtout, surtout, un Roi absolument sublime. Je fais Waaaaaaa très fort en le découvrant. Un vieux jouet en métal animé provenant du Japon. Bon de toute façon il est cher et surtout trop gros pour m’accompagner. Il manquera éternellement à ma collection. Cela m’a fait une petite animation sur cette infernale ligne 40. J’arrive dans Springfield. Pas la ville des Simpson qui elle est dans l’Oregon. Il doit y avoir un Springfield dans chacun des États américains. Et là, pas question de faire des tours et des détours pour dormir dans un motel en périphérie coincée entre des parkings et des fast-foods, parfumée au gras des frites et à l’essence des camions. Je me suis réservé un hôtel au centre-ville. Un petit excès comme ça. Un besoin de se faire plaisir. C’est un petit sentier pédestre qui m’amène Downtown. C’est tranquille. La ville est toute petite, mais une fois posée dans mon hôtel qui se la pète un peu pour le prix, je vais me promener. C’est étrange de marcher sans Werner. Mais c’est bon de flâner. De prendre un peu de temps pour juste visiter. Et ce soir, pour la première fois, je suis de sortie. Je me suis offert un délicieux burger végane et un thé glacé dans un petit resto branchouille. C’est bon de voir des gens rire et vivre.
Puis, à mon retour à l’hôtel, Agnès Varda est sortie de mon corps. Ce n’est pas que la dame était désagréable, bien au contraire, sa compagnie était très plaisante, mais lorsque je me voyais dans un miroir c’était panique à bord. J’ai trouvé dans un magasin une couleur assez proche de celle habituelle de mes cheveux, et ça y est, Agnès m’a quittée. À bientôt Madame.
Et comme aujourd’hui non plus mon ombre n’est apparue ni pour me donner l’heure, ni pour vous saluer, bonjour chez vous !

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